Déclaration de Paix d’Hiroshima
6 août 2006

Les radiations, la chaleur, les explosions et leurs effets synergétiques ont créé un enfer sur Terre. Soixante et un ans plus tard, le nombre de nations tentées par le diable et l’esclavagisme des armes nucléaires augmente. La famille humaine est à un carrefour. Toutes les nations vont-elles devenir esclaves ? Ou vont-elles être libérées ? Ce choix pose une autre question. Est-il acceptable pour les villes, et en particulier pour les enfants qui y vivent, d’être les cibles d’armes nucléaires ?

La réponse est limpide, et les dernières soixante et une années nous ont montré le chemin de la libération.

Dans un enfer où personne n’aurait pu leur en vouloir de choisir la mort, les hibakusha se sont dirigés vers la vie et vers l’avenir. Vivant avec des blessures et des maladies consumant leurs esprits et leurs corps, ils n’ont eu de cesse de parler de leur expérience. Refusant de plier devant les discriminations, la calomnie et le mépris, ils ont constamment répété : « personne d’autre ne doit jamais souffrir comme nous avons souffert ». Leurs voix, relayées par des personnes de bon sens à travers le monde, deviennent un chœur puissant et massif.

L’essentiel de leur message : « La seule solution avec les armes nucléaires est de les abolir ». Et cependant, les leaders politiques de ce monde continuent d’ignorer ces voix. L’avis de la CIJ (Cour Internationale de Justice) rendu il y a 10 ans, porté par l’action créative de la société civile globale, aurait dû être un outil très efficace pour les guider vers la compréhension et la vérité.

La Cour déclare en effet que : « La menace ou l’utilisation d’armes nucléaires est généralement contraire aux règles de la loi internationale », et continua en affirmant que
« Il existe une obligation de poursuivre de bonne foi et de mener à terme des négociations conduisant au désarmement nucléaire dans tous ses aspects, sous un contrôle international strict et efficace ».

Si les Etats disposant de l’arme nucléaire avaient pris les devants et cherché à remplir cette obligation « de bonne foi », les armes nucléaires auraient déjà été abolies. Malheureusement, depuis dix ans, la plupart des nations et des individus n’ont pas fait face à cette obligation. Constatant cela, la ville d’Hiroshima, avec Mayors for Peace, dont le nombre de collectivités membres atteint aujourd’hui 1403, lance la phase deux de la campagne Vision 2020. Cette phase comprend le « Challenge de la Bonne Foi », une campagne de promotion des négociations « de bonne foi » pour le désarmement nucléaire comme demandé par l’avis consultatif de la CIJ ; et un projet intitulé « Les villes ne sont pas des cibles » demandant que les Etats disposant de l’arme nucléaire cesse de viser des villes pour des attaques nucléaires.

Les armes nucléaires sont des armes illégales et immorales destinées à effacer des villes. Notre objectif est de dénoncer l’illusion que constituent les théories de la «dissuasion nucléaire» et du « parapluie nucléaire », qui prennent les villes en otage ; et de protéger le droit à la vie de nos citoyens d’un point de vue légal et moral.

La conférence américaine des maires (CAM/USCM), représentant 1139 villes américaines, a pris les devants dans cette situation. Lors de sa conférence nationale en juin dernier, la CAM a adopté une résolution demandant que tous les Etats disposant de l’arme nucléaire, y compris les Etats-Unis, cessent immédiatement de viser des villes avec des armes nucléaires.

Les villes et les citoyens du monde ont le devoir de mettre fin à cette malédiction et de libérer le monde des armes nucléaires. Il est temps pour nous tous de nous réveiller et de nous dresser avec une volonté plus forte que la pierre et une passion brûlante comme le feu.

J’appelle le gouvernement japonais à se faire le porte-parole des hibakusha et de tous les citoyens en lançant une campagne mondiale qui insistera fortement sur la nécessité pour les Etats disposant de l’arme nucléaire de « négocier de bonne foi pour le désarmement nucléaire ». A ces fins, je demande à ce que le gouvernement respecte la Constitution de la Paix dont nous devons être fiers. Je demande de plus une assistance plus généreuse et plus tournée vers les gens appropriée à la situation actuelle des hibakusha vieillissants, y compris ceux de l’étranger et ceux exposés aux « pluie noires ».

Pour apaiser les nombreuses victimes dont les noms demeurent inconnus, nous avons ajouté cette année et pour la première fois les mots « nombreux inconnus » au grand livre des victimes placé dans le cénotaphe. Nous prions humblement pour que reposent en paix les âmes de toutes les victimes des bombes atomiques, et pour un futur de paix et d’harmonie pour la famille humaine.

Tadatoshi Akiba
Maire
La Ville d’ Hiroshima