Déclaration de paix de Nagasaki
9 août 2006

Que sommes nous en train de faire ?

En cette 61ème année après les bombardements atomiques, des voix de colère de frustration se font entendre à travers la ville de Nagasaki.

A 11h02 le 9 août 1945, une seule bombe atomique a détruit notre ville, ôtant instantanément la vie à 74 000 personnes et en blessant 75 000 autres. Des gens ont été brûlés par l’intense chaleur des rayons et projetés en l’air par les horribles explosions. Leurs corps baignaient dans des radiations mortelles, et de nombreux survivants continuent aujourd’hui encore de souffrir des effets à retardements. Comment pouvons nous oublier les cris angoissés de ceux qui perdirent leurs rêves et leurs vies de manière si cruelle?

Et pourtant, plus de 30 000 armes nucléaires se tiennent encore prêtes à détruire l’humanité.

Il y a 10 ans, la CIJ (Cour Internationale de Justice) déclarait que la menace ou l’utilisation d’armes nucléaires était généralement contraire aux règles de la loi internationale, encourageant fortement la communauté internationale à se diriger vers l’élimination des armes nucléaires. Il y a 6 ans, aux Nations Unies, les Etats disposant de l’armes nucléaire se sont engagés non seulement à empêcher la prolifération, mais également de manière équivoque à parvenir à une élimination totale de leurs arsenaux nucléaires.

Les armes nucléaires sont un instrument de génocide aveugle, et leur élimination est un devoir absolu pour l’humanité.

L’année dernière, la Conférence de révision du TNP (Traité de non-prolifération), dont 189 états sont signataires, se termina sans résultat, et aucune avancée n’a été observée depuis.

Les Etats disposant de l’arme nucléaire n’ont pas fait montre de sincérité dans leur effort de désarmement ; les USA ont particulier ont tacitement approuvé le développement d’armes nucléaires par l’Inde, et régresse même avec le développement d’accords de coopération sur la technologie nucléaire. Dans le même temps, la Corée du Nord, qui se déclare Etat nucléaire, menace la paix et la sécurité du Japon et du monde dans son ensemble. En réalité, le système même de la non-prolifération est remis en cause par plusieurs nations comme le Pakistan, qui a annoncé être en possession d’armes nucléaires, Israël, qui selon l’avis général en possède, et l’Iran où existe une forte présomption de développement des techniques nucléaires.

Le temps est venu pour ces nations qui se basent sur la force des armements nucléaires d’écouter avec respect les voix des apôtres de la paix, et pas seulement des survivants des bombardements atomiques, afin de faire des efforts en toute « bonne foi » pour le désarmement nucléaire et la non-prolifération, et de se diriger vers l’abolition totale de ce type d’armes.

Il convient également de remarquer que les armes nucléaires ne peuvent être développés sans la coopération de scientifiques. Nous demandons avec insistance à ces derniers d’assurer leur responsabilité face au destin de l’humanité toute entière, et pas seulement de leurs pays respectifs, et de refuser le développement d’armes nucléaires.

Encore une fois, nous demandons au gouvernement japonais qui représente une nation ayant vécu l’expérience d’une dévastation nucléaire, d’engager une réflexion sur son histoire, de maintenir les intentions pacifiques de la constitution, de faire des trois principes non nucléaires une loi, et de travailler pour l’établissement d’une Zone Non Nucléaire en Asie du Nord-est, pour que la tragédie que constitue la guerre ne réapparaisse pas. Nous demandons également avec empressement au gouvernement japonais d’aider plus activement les survivants de la bombe atomique vieillissants, tant au Japon qu’à l’étranger.

Depuis 61 ans, les Hibakusha ont fait part de leur expérience tragique aux générations successives. Beaucoup ont décidé de ne pas cacher les chéloïdes sur leur peau, continuant de raconter des choses qu’ils préféreraient oublier. Leurs efforts s’apparentent à un point de départ pour la paix. Leurs voix résonnent dans le monde, appelant à la plus profonde des compassions pour ceux qui travaillent à faire en sorte que Nagasaki soit le dernier endroit de ce monde à avoir subi un cataclysme nucléaire.

En octobre cette année se tiendra le troisième Assemblée des Citoyens Mondiaux pour l’Elimination des Armes Nucléaires de Nagasaki. Nous invitons les personnes travaillant pour la paix à éliminer les barrières de génération ou de frontières nationales et à se rassembler pour communiquer. Joignons nos mains et créons un réseau encore plus fort pour l’abolition nucléaire et la paix, s’étendant de Nagasaki au monde entier.

Nous croyons que la compassion et la solidarité de tous ceux qui ont reçu en héritage les espoirs des hibakusha deviendront une force encore plus palpable, capable de mettre en place un monde pacifique, libéré des armes nucléaires.

Pour conclure, nous prions pour le repos éternel des âmes de ceux qui ont perdu la vie de manière si tragique ; nous décidons que 2006 devrait être l’année d’un nouveau départ ; et nous proclamons notre à engagement à continuer à nous activer pour l’établissement d’une paix durable dans le monde.

Iccho Itoh
Maire de Nagasaki
9 août 2006.